Le Parkour 
Par Isilmë le Vendredi 5 mars 2010, 16:13 - Ĺĭvĭйĝ - Lien permanent
Il y a quelques années, je visionnais sur youtube un reportage sur David Belle, Yamakasi français et "inventeur" du Parkour, une espèce de discipline consistant à transformer les éléments du milieu urbain ou rural en obstacles à franchir en escaladant ou en sautant.
A l'heure actuelle, mon travail et mes études me laisse la sensation d'être une série d'obstacles à surmonter et ma vie consiste plus en une tentative de régler les dépasser plutôt qu'autre chose.
Depuis le mois de novembre, je ne cesse de me battre et de m'acharner pour me sortir de la situation dans laquelle j'ai été plongée, noyée même jusqu'à être obligée de prendre des anxiolytiques pour arrêter les pleurs et les crises de paniques qui commençaient à m'assaillir..
Novembre. Le 11 novembre 2009, Mme P. décède. Depuis ce jour, c'est la descente aux Enfers avec l'ADMR..
Durant les 15 jours suivant, l'ADMR ne donne aucune nouvelle quant au travail de Vincent, je suis la seule à recevoir des appels pour une majorité d'heures que je ne peux pas faire à cause de mes études. L'ADMR me reproche d'ailleurs de ne pas être assez disponible et d'être "trop difficile" à placer. Les appels pour du travail sont généralement passés en plein milieu de mes cours, m'obligeant soit à sortir, soit à tenter de les rappeler pendant les 3 heures suivantes (l'ADMR ayant pris la décision particulière de ne pas brancher de répondeur car ils ont "trop d'appel"), sachant qu'ils m'appelaient systématiquement le jour pour le lendemain en me demandant une réponse rapidement car ils étaient en urgence (lol).
Ce petit manège a duré jusqu'à la fin du mois où nous avons enfin pu avoir un rendez-vous afin de savoir de quelle façon nous allions être payés ce mois-ci (et oui, 70 heures pour moi et 30 heures pour Vincent, ça ne faisait pas les 200 heures que nous étions sensés faire au total). Il a finalement été décidé que Vincent serait payé complètement tandis que moi je devais galérer avec un salaire moindre (merci beaucoup). On nous a affirmé que nous n'aurions plus de soucis d'horaires et compagnie..
On nous force également à signer un nouveau contrat ("ou vous signez, ou on vous vire") dit "contrat de régulation" qui sera effectif début janvier, autant dire que cela ne nous réjouit pas : Arrêt du paiement des heures supplémentaires, compensation des heures non faites ("Tiens, t'as fait que 80 heures au lieu de 100 le mois dernier ? Ben je te rajoute 20 heures ce mois-ci hein"), droit de nous licencier si nous refusons 4 dossiers. Joie.
Décembre. On ne nous envoie toujours pas d'emploi du temps. Le début du mois de décembre s'est passé comme la fin du mois de novembre : Appel le mardi pour nous demander de travailler le mercredi, etc.. Tout en prétendant ne pas avoir les horaires de la personne chez qui nous devions travailler. Celle-ci m'a confirmé avoir envoyé 5 recommandés avec ses heures et s'être déplacé à au moins 10 reprises pour se plaindre de cet état de fait, et je ne compte pas les coups de téléphone. J'ai la sensation de passer mon temps au téléphone a essayer de savoir
quand je vais travailler, tout du moins à laisser des messages entre
midi et deux heures afin qu'ils me rappellent dans l'après-midi pour
m'indiquer que oui, je dois effectivement travailler le soir-même..
Nous finissons par avoir un pseudo emploi du temps. En comptant les nuits de travail que nous sommes sensés faire Vincent et moi, je constate qu'il a 90 heures de prévues tandis que je n'en ai que 40. Sachant que nous avions tous les deux un contrat de 100 heures, cela laisse présager soit une baisse de salaire, soit une galère pas possible pour arriver à rattraper les heures manquantes.
Les problèmes de travail et la fatigue me rongent complètement le moral et l'esprit, je n'arrive plus à suivre en cours à cause de la fatigue, je n'arrive plus à retenir quoi que ce soit : Ma mémoire est comme une passoire inutile. Je passe mon temps à penser au travail et à stresser au sujet de l'avenir, à me demander si je vais arriver à payer le loyer le mois prochain, si l'ADMR va enfin me trouver quelque chose de stable, etc..
Au milieu du mois de décembre, l'ADMR me contacte alors que je sors des cours pour régler ce soucis de 60 heures manquantes. Les solutions proposées par l'ADMR seraient de donner plus d'heures de disponibilités, de faire un avenant au contrat à la baisse pour passer à 40 heures par mois ou bien de me virer (le tout évidemment rabâché durant 40 minutes au téléphone en étant le plus désagréable et sec possible). Je finis par leur indiquer mes "vacances" à la fin du mois de décembre (autrement dit le début de mon temps de révision) et l'ADMR s'empresse de me renvoyer un planning.
En lisant celui-ci, j'ai un coup au coeur, ils m'ont prévu tous les jours de mes "vacances" du travail de 8h à 18h avec 30 minutes de "pause" entre chaque bénéficiaire afin que je puisse me déplacer entre eux (et donc, même pas de temps pour manger). Je m'effondre totalement en listant le commentaire du mail "il reste encore 12 heures à caser, mais je devrais arriver à vous les mettre sur le week-end", j'ai du rester à pleurer 3 heures devant mon emploi du temps et devant l'ampleur de la tâche. Moi qui étais déjà épuisée et comptais sur ces "vacances" depuis deux mois pour trouver un moment de repos, je me retrouvais à bosser encore plus que durant la semaine tout en devant essayer de réviser mes leçons pour les partiels de janvier.
Je passe la semaine suivante comme un zombie, toujours incapable de retenir quoi que ce soit de mes leçons, évidemment je me prends des cartons à la majorité des examens, j'aurais beaucoup à rattraper en janvier, ce qui n'est pas fait pour arranger les choses.. Le moindre coup de téléphone me fait sursauter, j'ai peur que l'ADMR m'appelle et me demande encore plus que ce qu'il fait déjà, quand c'est effectivement le cas, j'ai du mal à ne pas m'effondrer en larme, je commence à filtrer les appels, je ne réponds plus au téléphone fixe car l'affichage de l'écran ne fonctionne plus correctement, m'empêchant de voir qui appel..
La fin du mois de décembre arrive comme dans un cauchemar, je continue de passer mon temps à pleurer, je ne dors plus, trop stressée par ce qui va arriver, mon échec à mes examens (même sans avoir les résultats, je savais que j'avais échoué) me pèse, j'ai la sensation que tout s'effondre et que je ne vais jamais arriver à m'en sortir. Vincent me dit que ça ne peut pas continuer comme ça, il me propose d'arrêter ses études pour travailler à temps plein le temps que je finisse les miennes, sa proposition me mine le moral plus qu'autre chose, mais je finis par appeler l'ADMR pour baisser mon contrat à 80 heures tandis que Vincent passerait à 120 heures le mois suivant.
C'est dans ces conditions que je commence mes heures de jour.. Je craque à la fin de la journée et décide d'aller voir mon médecin pour voir ce qu'il peut faire. J'y vais seule et me retrouve quasi incapable de parler, je suis confuse, fatiguée, j'arrive à expliquer à peu près mon soucis entre deux sanglots. Mon médecin décide de m'arrêter et de me prescrire des anxiolytiques ainsi que des somnifères, pour lui je suis épuisée et je dois changer d'employeur. Il me demande de profiter de mon temps de repos pour commencer mes recherches pour un nouvel emploi et m'occuper de mes études.
Le 31 décembre, une ancienne collègue de travail m'appelle catastrophée, elle a croisé ma patronne dans un marché et celle-ci lui a dit qu'ils comptaient nous virer le plus vite possible. Panique à bord, que faire si on nous vire ? L'un comme l'autre nous devons d'être autonome, nos familles n'ont pas les moyens de nous aider s'il se passe quoi que ce soit de ce genre.. Que faire ? Ma collègue me conseille d'appeler l'inspection du travail ainsi que les délégués syndicaux pour me renseigner sur mes droits. Je décide de le faire au plus vite.
La seule lumière dans toute cette merde, c'est la venue de mon Alcy et de mon Sygounet qui passent une semaine avec nous, Valinyu nous rejoint pour le Réveillon. Ça me fait énormément de bien de vivre autre chose qu'une série de soucis permanent. Je profite de leur présence au maximum et je me repose autant que je peux.
Janvier. Toutes les bonnes choses ont une fin, Alcy et Syg s'en vont et je me retrouve dans le même état de stress et d'angoisse qu'auparavant, je retourne voir le médecin qui m'arrête 15 jours supplémentaires, le temps que je passe tous mes examens et que je m'occupe de mes histoires de travail. Je m'acharne autant que je peux pour mémoriser mes cours et je passe des heures à modifier mes lettres de motivations et mon CV pour les renvoyer, je commence à mettre mon CV sur internet pour essayer d'obtenir du travail et je réponds à toutes les propositions d'embauche.
Je réalise que ce que je subis depuis novembre a un nom : Le harcèlement moral. Je contacte la déléguée syndicale de la CGT qui m'explique que ce que je vis est fréquent à l'ADMR et qu'ils ne sont pas en droit de forcer qui que ce soit à changer de contrat (encore moins en les menaçant de les virer) ni de les forcer à faire un avenant au contrat à la baisse (ce que nous avions été forcés de signer en aout, passant de 130 heures à 100 heures, toujours avec l'argument : "Vous ne signez pas, on vous vire"). Elle me recommande fortement de contacter l'inspection du travail, mais Mr L a récemment été remplacé par Mr V. qui vient de prendre les dossiers en main, je me dois donc d'attendre un peu..
J'arrive enfin à contacter l'inspection du travail pour parler de mon soucis avec l'ADMR, comme me le dit Mr. V. on ne peut rien prouver puisque tout ce qui se passe se fait systématiquement par téléphone ou de visu, hélas, il ne peut strictement rien faire dans ces conditions..
Mes efforts payent, je réussis haut la main la majorité de mes examens
et je finis par trouver une boite qui me propose de travailler quelques
jours à la fin du mois. N'ayant aucune nouvelle de l'ADMR, j'accepte de
travailler pour cette nouvelle boite, 4 nuits pour le mois, ce n'est pas
grand chose, mais c'est déjà ça de pris..
La fin du mois se passe ainsi : La fin de mes examens, l'angoisse des résultats, le travail, le début du second semestre..
Février. Je reçois une claque dès le début du mois par l'ADMR sous la forme d'un recommandé dans lequel on me demande mon arrêt de travail pour la fin du mois de janvier sous peine de me considérer comme étant en absence injustifiée et il en est de même pour Vincent qui n'avait pas non plus eu de nouvelles de l'ADMR depuis le début du mois de janvier (qui avait consisté en un appel très court lui disant qu'on allait le recontacter pour du travail).
Ni une, ni deux, Vincent appelle l'ADMR. Notre patronne lui répond que j'étais sensée retourner au travail à la fin de mon arrêt maladie, ce à quoi Vincent répond que nous ne pouvons pas travailler si personne ne nous envoie d'emploi du temps : Il nous est impossible de deviner nos heures puisque nous n'avons aucun emploi du temps fixe. Mme L. lui répond que ça n'a aucune importance, que j'aurais dû prévenir de la date de fin d'arrêt maladie afin qu'ils prévoient un emploi du temps (ah bon ? Il faut aussi les prévenir alors que la date est écrit en gros sur la feuille d'arrêt maladie ?). Vincent lui indique également qu'elle s'est engagée à nous trouver des nuits, ce à quoi elle répond qu'elle ne s'est engagée qu'oralement et qu'elle se moque complètement de ce qu'elle a pu dire du moment que ce n'est pas par écrit. Après 30 minutes de communications, Mme L. dit à Vincent : "De toute façon nous avons décidé de vous licencier, alors nous allons tout faire pour vous faire craquer, vous allez en baver !". Ah ben au moins comme ça c'est clair..
N'ayant aucun arrêt maladie (et je ne suis toujours pas responsable du fait qu'on ne m'envoie pas d'emploi du temps) je reçois ma feuille de paye avec mes "absences injustifiées" : 81 euros pour le mois de janvier, ça fait plaisir.........
Je n'ai aucune nouvelle de l'autre boite, d'ailleurs je ne reçois mon contrat de travail que vers le 10 février (lol) et mon chèque bien après (pour dire, je n'ai déposé il y a 2 jours à peine). Je continue donc de m'occuper de ces histoires de CVs tout en tentant de garder confiance et le courage nécessaire pour affronter la situation. Ils finissent par se décider d'appeler au milieu du mois, quelques jours à peine avant ma reprise à l'ADMR pour me dire qu'ils auront besoin de mois en mars. C'est déjà ça de pris.
L'ADMR me colle 4 nuits en plein milieu de mes cours (probablement en pensant que je suis en vacances, alors que ce n'est bien entendu pas le cas) ainsi qu'une visite à la médecine du travail pour un certificat d'aptitude le lendemain de ma première nuit. J'ai beau ne pas y connaitre grand chose, est-ce normal qu'on me fasse travailler AVANT d'avoir le certificat d'aptitude ? Réponse du médecin du travail : Non, et de plus, je n'avais pas à me rendre à une visite médicale après seulement 15 jours d'arrêt maladie, c'est uniquement après 3 semaines d'arrêt de travail. Je décide de lui raconter ce qui se passe au travail et je fonds en larme, elle me répond en me demandant simplement qui est mon employeur et m'indique ensuite qu'elle fait partie du "top trois des pires". C'est horrible d'apprendre que son employeur envoie plusieurs personnes chaque mois en dépression à cause de leur comportement.. Et après ils s'étonnent de ne pas garder leurs employés plus de 6 mois.. Au vue de ce que je lui ai raconté et du fait que j'aurais un nouvel emploi en mars, le médecin du travail m'arrête jusqu'à la fin du mois afin que je n'ai plus à stresser sur le sujet.
J'ai enfin ma première semaine de vacances bien méritées, j'avoue que
j'en ai profité le plus possible en restant en pyjama et en n'ouvrant aucun livre de cours.. J'ai finalement décidé d'envoyer ma démission, je me suis sentie vraiment soulagée en confiant la lettre à Vincent, je suis contente rien qu'à l'idée qu'ils ne puissent plus m'appeler..
Quant à Vincent, il a passé sa semaine de vacances à travailler du matin au soir, en 7 jours ils lui ont mis 51 heures de travail, sans pause pour manger le midi etc.. Le peu de trou qu'il avait entre ses cours ont été remplis par du travail.. Des nuits ? Non bien sûr..
Mars. Ainsi commence le mois de mars, on retourne à la fac (dur de se remettre en route après une semaine à glander), on retourne à la médecine du travail (le médecin a pété un plomb, il en a marre que l'ADMR lui envoie des gens alors que ce n'est pas nécessaire), je vais signer dans quelques minutes mon nouveau contrat..
Reste tout de même quelques inquiétudes.. Le contrat que je vais signer n'est qu'un CDD jusqu'à la fin du mois, j'ai vraiment très peur de n'être qu'une remplaçante temporaire qu'on jettera dès qu'on trouvera mieux.. Vincent n'est toujours pas sorti de l'ADMR, après moi, il va falloir s'occuper de lui (et je vais continuer à envoyer des CVs et des lettres de motivation, on ne sait jamais..) et j'ai des exams les deux prochaines semaines en ayant toujours la sensation d'avoir la cervelle pleine de trous..
Enfin, on dira qu'au moins une partie du plus dur est passé !





Commentaires
C'est toujours agréable d'avoir de tes nouvelles!!! Et toujours un plaisir de lire ce que tu écris...
Dans tous les cas, j'espère sincèrement que toi et Vincent allé réussir à sortir de tous ces embuches! Vous avez énormément de courage pour continuer étude et travail simultanément!!! J'en connais beaucoup qui auraient arrêté les études (dont peut-être moi)!!! Bravo pour votre persévérance.
Bon courage à toi et Vincent pour les mois qui vont venir!!!
C'est gentil tout ça, d'ailleurs pareil de ton côté, j'espère que tu as de nouveau un chez toi tranquille !
Et travailler en faisant ses études, on espère l'un et l'autre arriver à décrocher une bourse, ce serait quand même moins fatiguant !
J'admire vraiment votre tenacité à tous les deux, ce n'est pas n'importe qui qui pourrait arriver à surmonter une situation pareille ... Bon courage à vous pour les temps à venir, et j'espère que ça s'arrangera au plus vite !
@Isilmë : Bah, tu m'étonnes, une bourse ne serai pas un luxe si vous êtes tout les deux étudiants et aucune aide de vos familles.... Enfin, je croise les doigts pour que ça puisse se faire...
Sinon, moi j'ai commencé mon stage sur Grenoble il y a une semaine, pour le moment ça se passe bien, même si je suis dans l'étape de bibliographie qui est pas la plus intéressante... Je me suis donc installé sur sur Grenoble, en coloc avec 3 autres personnes, que je ne connaissait pas à l'origine, mais ça se passe bien pour le moment... Je ne voulais pas d'un appart seul dans une ville que je connais pas... Enfin, tu me diras, ça fait moin loin pour se voir, on pourrat peut être organiser ça pendant un WE cet été, avec So qui ne sera pas trop loin non plus... Ca pourrait être sympa!
Ouais bon courage!
Et pas qu'a Isilmë, mais egalement à tous ceux qui lisent ceci et qui en ont besoin, bonne continuation à tous
@Samin : On va s'en sortir, même si le dernier plan de l'ADMR a été très fort : le salaire du moins de février s'élève pour moi à -13 euros, oui, y a bien le signe "moins" devant alors que j'ai bossé 17 jours. Très très fort..
@Maks : Au moins t'as retrouvé une cuisine !
!
On pourra p'tet essayer de se faire ça oui, et trainer Valinyu aussi
@Fae : Merci c'est très gentil
!